Il paraît que les Vaudois viennent de faire quelque chose de très dangereux.
Ils ont voté pour payer moins d’impôts. Pas beaucoup moins, certes. Douze pour cent. Une broutille. Enfin, une broutille à 272 millions de francs par année pour les finances cantonales.
53,1 % des votants ont pourtant considéré que cette somme méritait de rester, au moins en partie, dans leurs poches plutôt que de poursuivre tranquillement son voyage vers les caisses de l’État.
On nous expliquera certainement que ce résultat est compliqué.
Qu’il faut regarder les finances publiques dans leur ensemble. Que les prestations ont un coût. Que l’État a des missions. Que les économies seront difficiles. Que les communes pourraient être concernées. Que le budget 2027 va devenir un merveilleux exercice d’équilibrisme comptable.
Tout cela est vrai.
Mais il reste une question assez embarrassante : pourquoi faut-il toujours commencer par expliquer au contribuable ce que l’État risque de perdre, plutôt que de lui expliquer ce qu’il paie déjà ?
Le canton de Vaud n’est pas exactement connu pour pratiquer la fiscalité avec la délicatesse d’un moine zen. Et pourtant, dès qu’une baisse d’impôt est proposée, une étrange mécanique se met en marche : on additionne immédiatement les écoles, les hôpitaux, les transports publics, les prestations sociales, les communes, la culture, l’administration et, si nécessaire, probablement les ours du zoo.
Tout ce que l’État fait devient alors une raison de ne surtout pas toucher à ce qu’il prélève. C’est une conception assez particulière du rapport entre le contribuable et la puissance publique.
Dans cette logique, le raisonnement pourrait être résumé ainsi : « Vous payez beaucoup parce que nous avons beaucoup de choses à financer. ». Et si vous demandez pourquoi vous payez autant : « Parce que nous avons beaucoup de choses à financer. ». La boucle est bouclée.
Le problème n’est évidemment pas de savoir si le canton doit fournir des prestations. Il le doit. La vraie question est beaucoup moins confortable : à partir de quel moment considère-t-on qu’un État doit lui aussi se demander si chaque franc supplémentaire prélevé est réellement nécessaire ?
C’est peut-être cela, au fond, que les 53,1 % viennent de rappeler.
Pas que l’impôt est mauvais. Pas que l’État est inutile. Pas même que les prestations publiques doivent être réduites. Simplement que l’argent public n’est pas de l’argent public. C’est de l’argent privé avant d’être de l’argent public. Et qu’il existe peut-être encore quelques contribuables qui aimeraient qu’on s’en souvienne.
Reste maintenant à voir ce que le canton fera de ce joli cadeau empoisonné de 272 millions. Car voter une baisse d’impôts est une chose. Apprendre à vivre avec un peu moins d’argent est une autre. Et c’est probablement là que commencera la partie intéressante.
La votation est terminée. La discussion, elle, ne fait que commencer.