53,1 % pour baisser les impôts. Et à Épalinges ?

Quand les contribuables votent pour payer moins… et que la commune pourrait leur demander davantage

Le 27 septembre, le peuple vaudois a fait quelque chose d’assez inhabituel en matière fiscale : il a demandé qu’on lui prenne moins.

À 53,1 %, il a accepté une baisse de 12 % de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune. Le Conseil d’État doit désormais mettre en œuvre cette décision, qui devrait entrer en vigueur dès 2027. Mais il y a un détail qui mérite d’être souligné. À Épalinges aussi, la baisse a été acceptée.

Autrement dit, ce ne sont pas seulement « les Vaudois » qui ont voté pour payer moins. Ce sont aussi les contribuables palinzards. Et c’est là que la suite risque de devenir intéressante.

Le Canton baisse. Épalinges pourrait augmenter.

Le coefficient communal est actuellement fixé à 64,5 %. Pour 2026, ce taux a été maintenu, mais le préavis municipal précisait que la Municipalité issue des élections de 2026 devrait proposer un nouveau coefficient pour 2027 et les années suivantes.

Soyons précis : le vote cantonal ne donne évidemment aucune instruction aux communes. Et voilà notre petite curiosité fiscale :

Le Canton baisse l’impôt.
Les palinzards votent pour cette baisse.
Et la commune pourrait ensuite augmenter son taux.

Tout le monde est parfaitement dans son rôle. Et le contribuable, lui, est toujours parfaitement dans la facture.

Si le Canton allège la fiscalité et qu’Épalinges augmente son coefficient, quelle partie de l’allégement voulu par les électeurs restera réellement dans leur portefeuille ?

La question mérite d’être posée d’autant plus que les palinzards ont eux-mêmes répondu « oui » à la baisse. On pourrait presque appeler cela la démocratie à coefficient variable.

Évidemment, une commune doit payer ses factures. Il serait trop facile de prétendre qu’une commune peut réduire ses impôts simplement parce que ses habitants viennent de voter pour une baisse cantonale. Les réalités financières communales sont bien réelles.

Écoles, infrastructures, prestations, charges intercommunales : les dépenses ne disparaissent pas parce qu’un bulletin de vote a changé la couleur d’un graphique.

Et le Canton lui-même estime que la baisse de ses recettes fiscales — environ 272 millions de francs par année — nécessitera des mesures d’économie supplémentaires. Il n’exclut pas non plus des conséquences indirectes pour les communes, notamment sous la forme de reports de charges ou de réductions de subventions. Mais justement.

Avant de demander davantage au contribuable, il faut regarder ce que l’on peut faire autrement.

Quelles dépenses peuvent être réduites ?
Quels investissements peuvent attendre ?
Quelles prestations peuvent être réorganisées ?
Quelles recettes nouvelles peuvent être trouvées ?
Quels choix politiques doivent être reconsidérés ?

Bref : avant d’augmenter le prix, peut-être faudrait-il regarder ce qu’il y a dans le panier.

Le peuple n’a pas dit « augmentez ailleurs ». Il y a une nuance importante. Le vote cantonal ne signifie pas : « Baissez mes impôts cantonaux et augmentez-les au niveau communal. ». Il ne signifie pas non plus qu’Épalinges devrait automatiquement augmenter son coefficient. Mais il serait tout aussi étrange de considérer que le vote des palinzards ne constitue qu’une anecdote cantonale.

Ils viennent de dire, à leur niveau aussi, nous considérons que notre charge fiscale peut diminuer.

Cette volonté ne lie pas le Conseil communal. Mais elle devrait au moins être entendue.

Et voilà la vraie question. Une hausse du coefficient communal peut être nécessaire. Elle peut aussi ne pas l’être. Tout dépendra des comptes, des projections et surtout des choix qui seront présentés. Mais si une augmentation devait être proposée, elle mériterait mieux qu’un simple « Nous n’avons pas le choix. ». Parce qu’en politique publique, « nous n’avons pas le choix » signifie parfois simplement que nous avons fait nos choix. Maintenant, il faut les financer.

Et c’est précisément là que le débat commence.

Le 27 septembre, les palinzards ont voté pour une baisse d’impôts. Ils n’ont pas demandé à la commune de leur expliquer comment récupérer la différence. Alors, lorsque viendra le moment de fixer le coefficient 2027, une question assez simple pourra être posée. Est-ce vraiment le moment de faire payer davantage des contribuables qui viennent précisément de dire qu’ils souhaitaient payer moins ?

Après tout, le peuple a demandé l’addition. Il a simplement voté pour qu’elle soit moins salée.